La plupart des gens n’ont qu’une imagination émoussée. Ce qui ne les
touche pas directement, en leur enfonçant comme un coin aigu en plein cerveau, n’arrive guère à les émouvoir ; mais si devant leurs yeux, à portée immédiate de leur sensibilité, se produit quelque chose, même de peu d’importance, aussitôt bouillonne en eux une passion démesurée. Alors
ils compensent, dans une certaine mesure, leur indifférence coutumière par une véhémence déplacée et exagérée.

stefan zweig